sarko1Durant quinze jours, la médiatisation de plusieurs accidents médicaux a créé la polémique, et accentué le malaise, déjà fort, du personnel hospitalier. Au choc émotionnel a succédé la colère. Les patients comme les équipes médicales réclament un message d’apaisement. C’est sans doute l’objet, demain, du déplacement au CHU de Strasbourg de Nicolas Sarkozy, qui adressera ses vœux aux professionnels de santé.

CE SERA le cinquième discours sur la santé du président de la République depuis son élection. Sans doute le plus risqué, tant le contexte est tendu.

Il s’agit de calmer les troupes autant que faire se peut. Dans un mois devrait débuter l’examen parlementaire du projet de loi Hôpital, patients, santé et territoires. (lire aussi page 6) En décembre, les opposants au texte ont durci le ton, en demandant son retrait.

La quinzaine qui s’achève, pour le moins agitée à l’hôpital public, a fait monter la pression d’un cran. « Acharnement médiatique », « mauvais procès », « campagne alarmiste et mal étayée »… Les hospitaliers ont mal digéré la période des fêtes. Le Dr François Aubart, président de la CMH (Coordination médicale hospitalière), dénonce « l’utilisation, à des fins catégorielles, d’une situation tendue qui existe chaque été et chaque hiver ». « Les drames qui ont fait la une ne relèvent pas d’un problème d’accès aux soins », précise le chirurgien. Ébranlées, « les infirmières redoublent de vigilance », expose Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI). « On relit les prescriptions dix fois, on vérifie chaque étiquette, raconte un praticien. Le risque est grand que les infirmières, par peur de la faute, refusent certains actes ».

Nicolas Sarkozy aura fort à faire pour ramener la confiance et la sérénité dans les hôpitaux. À Strasbourg, banderoles et piquets de grève l’attendent. Que va dire le président ? « Que tout va bien, qu’il faut se ressaisir et combattre la sinistrose, anticipe le Dr Claude Wetzel, anesthésiste strasbourgeois. Mais ce n’est pas ça qui réglera la dette de 15 millions d’euros au CHU de Strasbourg ». La priorité, c’est de « faire baisser la tension dans les hôpitaux », insiste François Aubart (CMH). À l’évidence, Nicolas Sarkozy va s’employer à regonfler le moral des blouses blanches. N’a-t-il pas, dès le premier janvier, cité en premier lieu la réforme de l’hôpital dans son allocution télévisée ? « Dans ce cas, il faut être cohérent, commente, acerbe, un syndicaliste médical. D’un côté, le pouvoir politique vante les mérites de l’hôpital public. De l’autre, la Garde des Sceaux a choisi une clinique pour accoucher. Ce paradoxe pose question ».

Et quid de Roselyne Bachelot, qui se rend également à Strasbourg demain ? L’urgentiste Patrick Pelloux a demandé sa tête en décembre, la tenant pour responsable des dysfonctionnements en cascade constatés dans les hôpitaux. Le président de l’AMUF est aujourd’hui bien isolé. « C’est une demande abusive, et un mauvais procès », commente le Dr Rachel Bocher. « Plutôt que de changer de ministre, stoppons la réforme et modifions le projet de loi HPST », préconise la présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH).

L’avenir de Roselyne Bachelot

Un médecin qui l’a récemment rencontrée note que la ministre de la Santé ne semble pas inquiète outre mesure : « Politiquement, elle n’a pas l’air fragilisée ». La ministre apparaît davantage préoccupée par un éventuel report de l’examen de sa loi, propice à l’émergence de résistances pouvant dénaturer son contenu, que par la perspective d’un remaniement ministériel. Fin décembre, Roselyne Bachelot a reçu le soutien de Gérard Larcher, président du Sénat, qui a insisté sur la nécessité de conduire la réforme à son terme. Dans le même temps, plusieurs organisations, la Mutualité française notamment, ont demandé au gouvernement de tirer les leçons des drames récents pour préserver la qualité des soins.

Le 20 janvier, Roselyne Bachelot réunit les syndicats hospitaliers médicaux et non médicaux pour faire un point sur la situation. Il y sera question de permanence des soins, et de la loi HPST. « Il faudra poser la question des moyens », prévient Rachel Bocher (INPH).

DELPHINE CHARDON

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