Jusqu’ici prescrits uniquement pour les formes cliniques graves, ou chez les personnes présentant des facteurs de risques, les antiviraux voient leurs indications étendues à tous les sujets atteints de grippe clinique. Il convient aussi de les prescrire en traitement de post-exposition, hors AMM, à titre dit « préemptif ». Les pharmacies délivreront gratuitement sur ordonnance Tamiflu, Relenza et kits de masques chirurgicaux, à raison d’un kit par personne. Les stocks d’État seront disponibles, par leur intermédiaire, au plus tard à partir du 21 décembre.

LES 60 000 MÉDECINS abonnés au service DGS Urgence ont appris la nouvelle par un message daté du 10 décembre : en raison de « la progression de la pandémie sur le territoire » et de « l’augmentation des hospitalisations et des formes graves », les recommandations de prescription des antiviraux sont sensiblement élargies. Jusqu’alors, la mise sous traitement antiviral ne devait pas présenter de caractère systématique, répétaient les messages officiels, arguant du risque de développer des phénomènes de résistance. La prescription restait donc limitée aux seuls sujets présentant une forme clinique jugée sévère par le médecin, ou des facteurs de risque particulier, ainsi qu’aux femmes enceintes.

Mais les événements pandémiques ont conduit à réviser cette stratégie thérapeutique. Le 13 novembre, le CLCG (Comité de lutte contre la grippe), recommandait « la mise sous traitement antiviral curatif pour tous sujets, et en particulier ceux à risque de complication lors d’infection par des virus grippaux, présentant un syndrome respiratoire aigu à début brutal associant signes respiratoires (toux et/ou maux de gorge et/ou rhinite) et signes généraux (fièvre supérieure à 38° et/ou myalgies et/ou asthénie…). » En conséquence, la prescription du traitement antiviral devient systématique chez le patient présentant une grippe clinique. Et « le prélèvement nasopharyngé à visée diagnostique préalablement à la mise sous traitement antiviral curatif n’est plus systématique ».Le Pr Didier Houssin rappelle que « 95 % des grippes cliniques sont en effet liées au A(H1N1)v ».

Traitement à titre « préemptif ».

Par ailleurs, alors que les antiviraux ne devaient constituer « en aucun cas un traitement préventif », il convient désormais de les prescrire, hors AMM, aux personnes qui ont été en contact étroit avec un cas suspect et qui présentent elles-mêmes un facteur de risque. À titre dit « préemptif », leur traitement sera à dose curative sur une durée de cinq jours. Sont concernées les personnes à risque de complications lors d’infections par des virus grippaux, les femmes enceintes, quel que soit le trimestre de grossesse et la présence ou non de facteurs de risque, les nourrissons de moins de 1 an non malades, avec ou sans facteurs de risque de grippe grave (FDR).

Pour faciliter la mise en œuvre de ces recommandations nouvelles, les pharmacies seront fournies à partir des stocks stratégiques achetés par l’État. Les formes commerciales du Tamiflu (Roche) et du Relenza (GSK), ne seront donc plus vendues en officine à dater du 21 décembre, a annoncé le Pr Houssin. Dès à présent, ces produits seront délivrés gratuitement sur ordonnance par les pharmaciens, qui percevront 1 euro par kit.

« Le Tamiflu se présentera sous deux formes, des boîtes de gélules comprenant un traitement complet pour adulte et des boîtes d’oseltamivir contenant des comprimés dosé à 30 mg sécables et dispersibles dans l’eau », précise Fabienne Bartoli, adjointe au directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS). Cet oseltamivir PG 30 a été conditionné par la Pharmacie centrale des armées, à partir de la poudre qui avait été fournie en vrac par Roche, en 2005, à l’occasion du plan pandémie aviaire. Il a reçu son AMM le 24 novembre. C’est la même pharmacie centrale qui a été chargée d’assurer la pharmacovigilance, alors que seulement quelques cas isolés de résistance ont été signalés à ce jour.

Le Relenza sera également distribué gratuitement en officine, mais « il n’est pas recommandé en première intention et est contre-indiqué chez les asthmatiques et les personnes souffrant de BPCO » (bronchopneumopathie chronique obstructive), précise M. Houssin.

Pour le Directeur général de la santé, « ces évolutions ne remettent nullement en cause la stratégie nationale de prévention axée avant tout sur la vaccination. Mais, observe-t-il, le principe de réalité impose de tenir compte du fait que tout le monde ne veut pas être vacciné et que toutes les personnes qui désirent l’être n’ont pas encore eu la possibilité. » L’intérêt des antiviraux s’inscrit dans ce contexte, alors qu’est annoncée la publication prochaine, par l’Institut de veille sanitaire, du bilan de surveillance des cas graves hospitalisés. La majorité d’entre eux n’aurait pas bénéficié d’un traitement antiviral selon les préconisations de précocité.

CHRISTIAN DELAHAYE

Le Quotidien du Médecin du : 14/12/2009

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :