Lu sur le Figaro

Les greffes de rein font souvent peur aux patients atteints d’insuffisance rénale, mais en termes de qualité de vie et de survie et aussi d’économies, elles sont nettement supérieures à la dialyse. C’est ce que rappellent les spécialistes à deux jours de la journée mondiale du rein, le 11 mars. Sur le plan simplement financier, la première année suivant la greffe coûte environ 46 000 euros. La facture annuelle est ensuite de 7 600 euros, alors que celle d’une dialyse s’élève à 70 000 euros. En 2007, la Caisse nationale d’Assurance-maladie a dépensé 4 milliards d’euros pour l’insuffisance rénale, 82 % pour les dialyses et 18 % pour les greffes. Précisons toutefois que tous les insuffisants rénaux ne peuvent pas être candidats à la transplantation, comme ceux qui souffrent de diabète par exemple. Mais deux enquêtes inédites, publiées aujourd’hui dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, mettent en évidence la supériorité des greffes en termes de qualité de vie.

L’équipe de Serge Briançon (École de santé publique, Nancy) s’est intéressée à 832 patients dialysés et 1 061 transplantés dans huit régions. Quel que soit le paramètre mesuré (état physique, douleur, santé mentale, vitalité…), la qualité de vie des greffés est supérieure à celle des dialysés, même si elle reste inférieure à celle de la population générale. Globalement, elle est meilleure dans le sexe masculin. «Toutes les mesures possibles pour améliorer l’accès à la greffe et réduire le temps passé en dialyse devraient être mises en œuvre. Cet effet bénéfique s’observe même chez le sujet âgé», concluent les auteurs. «L’âge ne devrait plus aujourd’hui être un facteur limitant», ajoute le Pr Briançon. Aujourd’hui, en France, environ 37 000 personnes sont traitées par dialyse et 31 000 ont été greffées. La fréquence respective de l’un et de l’autre de ces traitements de l’insuffisance rénale apparaît toutefois variable sur le territoire. Ainsi, c’est dans les régions Paca, Languedoc-Roussillon et dans le Nord-Pas-de-Calais que le taux de dialyse est le plus élevé, alors que la prévalence des greffes est plus importante en Ile-de-France, dans les Pays de la Loire, en Rhône-Alpes et en Lorraine.

Aspect économique

Selon Serge Briançon, ces disparités régionales en termes de prise en charge sont en partie d’ordre culturel. «Souvent, les équipes n’ont pas envie de changer leurs habitudes», précise-t-il. Sans compter l’aspect économique. «Le plus payant, pour les hôpitaux, c’est de faire de la dialyse à l’hôpital», note encore le Pr Briançon. Cet argument est aussi avancé par Yvanie Caillé, l’une des fondatrices de «Demain la greffe», un groupe de réflexion qui milite pour le développement des transplantations : «À 300 euros la séance, la dialyse rapporte beaucoup.»

Mais le plus difficile est surtout de changer les mentalités pour favoriser la greffe entre vivants. Car actuellement, plus de 90 % des 3 000 greffes de reins réalisées annuellement en France proviennent de donneurs décédés. «Depuis 1958, la France est pionnière en matière de prélèvements sur cadavres, explique Denis Glotz, chef du service néphrologie et transplantation à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Du coup, certains médecins sont très réticents à prélever des reins chez des donneurs vivants.» Pourtant, depuis 1958, la France déplore un seul décès de donneur vivant. «Je dis aux futurs donneurs qu’ils courent moins de risque que s’ils prenaient leur voiture le 14 juillet pour traverser la France», confie Denis Glotz.

Or, justement, plus l’insuffisant rénal est greffé tôt, mieux la greffe prendra. «La rolls de la transplantation, c’est un receveur pas encore en dialyse qui reçoit le rein d’un donneur vivant, estime encore le néphrologue. Pendant longtemps, on a cru que la greffe était un plus. En fait, grâce à elle, on augmente la durée de vie d’un transplanté de 50 % !»«Demain la greffe» déplore que pour la première fois depuis dix ans, les prélèvements de reins en France ont baissé l’an dernier. L’une des autres pistes pour lutter contre la pénurie de greffons est de prélever davantage sur des personnes décédées en élargissant les critères de recueil.

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