Le principe du projet baptisé netCare est simple : une personne peut bénéficier d’une consultation médicale au sein même d’une pharmacie, sans rendez-vous. Elle peut consulter un médecin via un ordinateur. Pour cela, elle rencontre le pharmacien, formé dans le cadre de ce projet-pilote, et lui expose son problème. En suivant des algorithmes précis, le professionnel de santé interroge son patient. Trois possibilités s’offrent ensuite à lui : il conseille un traitement, envoie la personne chez un médecin ou propose une cyber-consultation médicale.

Des consultations médicales dans des pharmacies suisses

Dans ce dernier cas, pharmacien et client appellent ensemble un médecin d’un centre de télémédecine. Il posera un diagnostic par caméras interposées et pourra faxer si nécessaire une ordonnance.« Ce projet a d’abord été développé pour les cantons alémaniques où le médecin peut vendre des médicaments, précise Christophe Rossier, pharmacien dans le canton de Vaud, à Rolle, l’idée de départ était de créer un outil qui pourrait permettre aux pharmaciens de récupérer une part du marché des ordonnances. En Suisse romande, où la vente de médicaments par le médecin n’est pas autorisée, l’idée était d’essayer de faire face à la pénurie de médecins ».

Contrer la pénurie de médecins
L’objectif du programme, proposé par la Société suisse des pharmaciens PharmaSuisse, Medgate, centre de télémédecine et Helsana, assureur, est en effet de proposer une prise en charge adaptée à des personnes qui n’ont pas accès direct à un médecin. Le pharmacien peut ainsi dépanner les personnes qui ne peuvent pas consulter leur médecin de famille, notamment lorsque ce dernier est en vacances. Ou lorsque des vacanciers ne savent pas à quelle porte frapper. « Les gens, pour la bobologie, viennent spontanément chez le pharmacien, souligne Pierre-Alain Buchs, pharmacien à Sion. Je peux grâce à ce programme proposer une solution adaptée à mon patient ». Un autre objectif de netCare est de faire des économies en limitant le recours aux urgences.

La consultation du pharmacien est facturée 15 francs suisses (soit 10 euros environ) et est parfois remboursée par certaines assurances suisses. La consultation télémédicale coûte elle 48 francs. Enfin, le pharmacien doit payer entre 7 000 et 10 000 francs pour bénéficier de ce programme (location du matériel, ligne téléphonique, etc.). « C’est un investissement, précise le pharmacien de Sion. Cela me coûte cher, mais je reste persuadé que cela va prendre de l’importance. Le manque de médecins est là ».

Les algorithmes plus utiles que la vidéo-consultation
Au-delà de la vidéo-consultation, qui semble encore peu utilisée par les pharmaciens équipés, le programme propose des algorithmes précis pour une vingtaine de pathologies. Et c’est finalement ce volet qui semble le plus séduire les pharmaciens. « Les algorithmes nous permettent de standardiser notre triage, nous suivons tous les mêmes procédures, en posant les mêmes questions, raconte le pharmacien de Rolle, cela nous permet de garantir un triage de qualité et uniforme quelque soit le pharmacien qui le pratique ». Ces algorithmes ont été rédigés par des pharmaciens et médecins et validés scientifiquement.

Le programme se veut donc être un complément à l’offre de soins de premier recours. « C’est une solution intéressante pour certaines pathologies, confirme Pierre-Alain Buchs. J’ai surtout vu dans ce cadre des cystites et des conjonctivites mais, avec l’arrivée de l’hiver, je suis sûr que ce système sera utile pour des sinusites, angines et autres bronchites ».

Querelles de chapelle avec les médecins
Quelques médecins ont craint que ce programme donne trop de responsabilités aux pharmaciens et donc qu’ils perdent de la clientèle. Du côté de la Fédération des médecins suisses (FMS), les craintes sont moins vives : « Pour nous, ce programme n’est pas fondamentalement un problème puisque le pharmacien s’adresse à une centrale médicale reconnue par son niveau de qualité, confirme Jacques de Haller, son président. Le pharmacien doit connaître ses limites et ne doit pas dépasser ses compétences ». « Les patients ont eux immédiatement compris l’intérêt de netCare, estime Christophe Rossier. Les médecins ont été plus réticents. Mais la situation me semble aujourd’hui plus apaisée. Ils prennent plus facilement les patients que nous leur envoyons. Pour en arriver là, nous avons insisté sur le fait que pour nous, pharmaciens, l’idéal restait que le patient puisse voir un médecin ». En effet, tous les pharmaciens interrogés privilégient le recours à leur réseau de médecin à la vidéo-consultation. « Je la propose lorsque la seule option est d’envoyer le patient aux urgences », confirme le pharmacien du canton de Vaud.

Le programme netCare est d’ores et déjà évalué et sera donc certainement amené à évoluer. Les pharmaciens interrogés souhaitent tous qu’il perdure. Ils estiment en effet que ce programme répond logiquement à l’évolution de leur métier. « La problématique du manque de médecin est importante et la solution proposée intéressante », conclut Pierre-Alain Buchs.

Clémence LAMIRAND

Source: IMPACT-Santé.fr 

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